#Auteursencolère, #payetonauteur : je soutiens et je participe

  1. 01. #Auteursencolère, #payetonauteur : je soutiens et je participe

    Les auteurs français sont en colère : de moins en moins payés, de moins en moins protégés, de plus en ponctionnés : ça suffit. La réforme du statut social et la mise en place de la retenue à la source par le gouvernement français a mis le feu au poudre. Des Etats Généraux du Livre ont eu lieu à Paris en mai 2018 dernier et ont fait salle comble à la Maison de la Poésie à Paris. Le constat était unanime : la chaîne du livre en France fait vivre des milliers de personnes, éditeurs, libraires, fonctionnaires, agents de la culture – mais pas nous. Comme le rappelait Jean Rouaud dans un discours émouvant, « Lorsque nous sommes invités dans un salon du livre, la personne qui livre les fleurs est mieux payée que nous ». Lundi 9 juillet à Paris, dans les jardins du Palais Royal, a eu lieu l’enterrement du livre. Une pétition circule afin de soutenir les auteurs et de sauver le livre de demain. Signez-la ! En septembre est née la Ligue des Auteurs Professionnels : mobilisons-nous. Car pas de livre sans auteur-e-s.

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  2. 02. mai 68

    Mai 68, c’était il y a cinquante ans. Une partie de ceux qui l’ont fait ont viré vieux cons, ce qui prouve que, finalement, cracher dans la soupe est parfaitement acceptable socialement. Voilà qui devrait nous encourager à les imiter, sans compter une météo favorable et une société à fleur de peau. Moi ce qui m’intrigue c’est qu’on a l’impression quand on regarde les photos d’époque que mai 68 à Paris c’était un club « men’s only ». Les femmes, elles étaient où ? D’où mon article dans le New York Times : « The hidden women of Paris ».
    Il n’y a pas qu’en France qu’il s’est passé des trucs, en Amérique ça a swingué aussi. Lire le roman de Nathan Hill, « Les fantômes du vieux pays », publié en France chez Gallimard. La couv’ et le titre français sont pourris, alors l’anglais c’est mieux (« The Nix« ), mais ce qui compte c’est que ce livre se dévore comme un repas gastronomique : une vraie tornade qui s’empare des émeutes de Chicago en 68, du New York post-11-Septembre et du Midwest des années soixante. Nathan Hill brasse tout ça pour accoucher d’un grand roman comme seuls les Américains savent en écrire aujourd’hui. Bon, c’est pas le tout, mais je me recouche pour le déguster en paix, les barricades attendront.

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  3. 03. Euphémisme mon amour

    Vous voulez dire quelque chose ? Noyez le poisson. C’est le rôle de l’euphémisme, cette formule de style qui consiste à remplacer une expression ou un mot désagréable/triste par quelque chose d’atténué, de doux. Bref, c’est un cache-sexe. En voici quelques uns parmi les plus récents : une charge mentale = un enfant pénible (ici, pléonasme) ; une visite domiciliaire = une perquisition ; un lieu de privation de liberté = une prison ; une rationalisation = une mise à l’écart. Le plus joli euphémisme de la saison est signé Xavier Bertrand : « on va pas se laisser emmouscailler », ce qui signifie on va pas se laisser emmerder. Oui, être dans la mouscaille, ça veut dire être dans la merde. Le plus drôle est le credo des riches, qui ont lancé à Davos ce cri angoissé : « comment créer un avenir commun dans un monde fracturé ? », ce qui signifie « ouille ouille ouille qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Bah c’est pas moi qui vais vous donner la réponse, débrouillez-vous avec vos picaillons, et tant pis pour vous si vous êtes dans la mouscaille.

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  4. 04. Fais-moi de l’électricité (Joe Dassin)

    EDF me manque. Comme le lecteur le sait peut-être, j’y ai travaillé longtemps. J’ai adoré écrire des livres sur mon temps de travail – en temps masqué, pour utiliser l’expression d’une collègue surnommée Glandouillator. J’ai aimé collecter, avec la patience du collectionneur, les perles de jargon d’entreprise. J’en ai tiré des livres, comme Ma vie est un best-seller (en collaboration avec Aurélia Aurita), une bande dessinée consacrée à la vraie vie du bureautier en milieu électrique. Hélas tout ça, c’est fini. Ah, la langue du business… Heureusement pour moi, le nouveau Président de la République l’utilise : c’est process, helpers, back-up, staff, co-working, team-building à tous les étages. Ça me permet de rester en phase avec l’époque, merci Macron.
    A EDF, j’ai pris goût aux processus labyrinthiques de la non-décision. En effet, pourquoi se hâter lorsqu’on avance vers… L’échec. Le nouveau rapport sur l’état de l’industrie nucléaire mondiale 2017 vient d’être publié le 12 septembre 2017. Il est sans appel : le déclin est en cours et ne pourra être inversé. Le nombre de lancement de nouveaux projets de centrales atomiques est en dégringolade, la situation financière est catastrophique, le parc des réacteurs est de plus en plus obsolète et ruineux, le coût de revient du kwh nucléaire devient plus élevé que celui des énergies alternatives non-radioactives, l’incompétence technique et managériale plombe toute la filière…
    Je ne sais pas vous, mais perso, je n’aimerais pas habiter une maison proche d’une centrale. Interviewé récemment par un ami journaliste, un responsable du SNPI, syndicat de l’immobilier, s’exprimait sur la question et tenait des propos disruptifs, bien susceptibles de semer la panique dans les chaumières : « Habiter dans un rayon de 50 kilomètres autour d’une centrale nucléaire ? C’est noway pour un nombre croissant de d’acheteurs. Pour l’instant on manque de visibilité mais il va y avoir une remise à plat des prix sur tout le territoire, c’est obligé. C’est off, bien sûr ».
    EDF, quand même, c’est ma jeunesse, un peu comme les colonies de vacances pour certains. Et je dis merci du fond du cœur à ses dirigeants, qui m’ont filé un joli chèque pour que je m’en aille… Maintenant il y a prescription, alors je peux en parler. Cracher dans la soupe, parfois, ça rapporte. La salive est un irremplaçable fluide conducteur, et pas seulement pour rouler des pelles en dansant sur des slows des seventies !

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  5. 05. A propos des femmes-qui-ne-veulent-pas-d’enfant

    Toutes les semaines je reçois deux ou trois demandes d’interview sur le thème des femmes qui ne veulent pas d’enfant. Quel mystère, ces malheureuses qui refusent le bonheur ! Le fait que cela passionne autant témoigne de l’écrasante enfantophilie ambiante. Il semble que je sois devenue, aux yeux de la presse du monde entier, la spécialiste du domaine. Merci de ne plus me contacter, il existe déjà 45769 articles sur la question. J’ai une idée plus intéressante, pourquoi ne pas monter un magazine anti-enfant ? En Allemagne il existe bien un magazine anti-chien, Kot & Köter (caca canin), qui marche très bien.
    J’imagine déjà la couverture : une photo de l’enfant le plus laid du mois. A l’intérieur, plein de news passionnantes. Psycho : comment pourrir la vie de votre enfant afin qu’il quitte enfin la maison. Détente : les plans pour choisir des vacances strictement no-kid. Hit parade : les prénoms en vogue les plus tartes. Economie : le point sur la faillite de Toys « R » Us. Vie pratique : comment les éviter dans les trains. Gastronomie : cuisiner des plats que vos chères têtes blondes détestent. Dossier : les bébés élevés sans couche, scandale olfactif. Psy : les rapports enfants-parents, un ravage. Histoire : Jean-Jacques Rousseau a-t-il vraiment abandonné ses enfants ? Témoignage : ma vie sexuelle après l’épisiotomie. Interview : Michel Houellebecq est-il un bon père ? Lecture : revue Le Débat n°132, « L’Enfant-problème ».
    Me contacter très vite. Je serai disponible à partir de novembre pour monter ce mag’. Il s’appellera tout simplement Caca.

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  6. 06. Se rincer l’oeil

    D’abord visite du Tipi Bookshop, une librairie qui propose une belle sélection toujours renouvelée de livres auto-édités et un choix judicieux d’éditeurs indépendants. Au Tipi, on est toujours surpris. C’est à Bruxelles, Barrière de Saint-Gilles. Et puis, tant qu’à se rincer l’oeil, on se précipite à la vente aux enchères des mythiques portraits parisiens de la photographe Ewa Rudling : c’est le 19 septembre à Stockholm, et il est possible d’acheter en ligne. Ma photo préférée est celle de Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque française et parrain de la Nouvelle Vague. Ewa l’a saisi allongé sur un banc, où les dimensions d’ogre de son ventre le font ressembler à… Un oeil.

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  7. 07. Sauter une journée

    Ce matin, je me suis levée avec l’impression d’avoir un rhinocéros assis sur la poitrine. Chaleur, énervement, moustiques. Dans ce cas, mieux vaut sauter la journée, la sauter dans tous les sens du terme. D’abord j’ai regardé un film (emprunté à Vidéo Express, l’irremplaçable club DVD de Bruxelles) : « Do you remember revolution » de Loredana Bianconi (1997). C’est un documentaire qui filme quatre femmes, ex-brigadistes rouges ; elles parlent de leurs combats, de leurs objectifs, de leurs idéaux et de leurs doutes. Cette réflexion sur la violence est un témoignage sur des acteurs-trices de l’Histoire, un film sur les femmes engagées dans une résistance au pouvoir. L’une d’elles, Barbara Balzerani, a du reste écrit un livre, « Camarade Lune« , qui vient d’être traduit et publié en français aux éditions Cambourakis. (Si Cambourakis me lit, je le veux bien en service de presse, merci de bien vouloir me l’envoyer.)
    Et puis j’ai bouquiné au lit, « Les Cygnes de la Cinquième Avenue », de l’Américaine Melanie Benjamin (Albin Michel, 2017). Ce roman raconte l’histoire d’une amitié très particulière entre l’écrivain Truman Capote, dépeint en petit homme inspiré et grotesque, et une femme du monde raffinée, reine des élégances new-yorkaises dans les années 1950. Entre eux nait une alchimie fulgurante, complexe, hors norme : à la fin, qui trahira l’autre ? Ce portrait de la haute société nous éloigne de la lutte de classe – quoique, en y réfléchissant bien… Sous des dehors frivoles, le livre de Melanie Benjamin est plus rusé qu’il ne semble.
    Double bonne pioche et chouette journée, finalement.

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  8. 08. Trop n’est pas assez

    Bientôt la rentrée. Vite un peu de shopping, il le faut pour booster les chiffres de l’économie. Les centres commerciaux attirent de moins en moins de monde ? Pas grave, bientôt on pourra faire des courses dans toutes les gares. On kiffe ! La « rénovation » des gares parisiennes est en cours. Par exemple, la gare du Nord promet au voyageur, sous couvert de transformation de la gare en « lieu de vie », en « pôle d’échange dynamique » et de « rationalisation des flux de voyageurs », la création de 23000 m2 de nouveaux commerces. Le directeur de la filiale Gares et Connexion de la SNCF explique dans le Figaro : sur les 3000 gares françaises, seules 400 ont des boutiques, et « seulement 30 gagnent de l’argent », se désole-t-il. Une situation qui ne peut plus durer. Il est facile d’y remédier, pourquoi ne pas implanter des centres commerciaux dans les hopitaux, les ministères, les mairies, les crèches ? Tant qu’à aller chercher le consommateur là où il est est, pourquoi pas aussi dans les universités ? C’est dans les tuyaux. A Louvain-la-Neuve, en Belgique, ce sont 20000m2 de boutiques supplémentaires au coeur de la ville universitaire (30 à 40 000 étudiants) qui vont peut-être sortir de terre, malgré la forte opposition des habitants qui ne comprennent pas qu’on veut leur bien.
    Comme la vie sera belle, demain…

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  9. 09. Sur tes épaules

    Vous avez prévu quoi, demain ? La plage ? On s’en lasse vite. Moi je serai à la Gay Pride de Jérusalem. Comme j’ai mal aux pieds (non, c’est vrai), je cherche des épaules accueillantes sur lesquelles je pourrai me jucher. Toute personne intéressée peut me contacter avant demain midi, seulement 60 kilos à transporter. Attention, ne pas se tromper de lieu de rendez-vous, juste à côté il y aura une manifestation d’extrême-droite, autorisée à protester à plusieurs centaines de mètres du défilé. Le tout sous surveillance d’un lourd dispositif policier : ça ne se rate pas. D’autant que les membres de l’organisation extrémiste prévoient d’arborer des pancartes où l’on pourra lire « Ne leur donnez pas des enfants », en référence à la récente décision de la Cour suprême et aux manifestations concernant la réforme de l’adoption pour les couples de même sexe en Israël. En ce qui me concerne, les enfants, non merci. Je brandirai un exemplaire de mon livre « No Kid ». Je suis sûre que ça va les calmer. Ben voilà, il suffisait d’y penser !

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  10. 10. Corinne bouquine

    La plage, il fait trop chaud, alors autant rester couché et lire. Pour l’été, voici deux romans dans lesquels on tombe comme dans un puits :
    « Revolution », de Hilary Mantel (poche 2017) : seule une anglaise pouvait avoir l’audace de s’emparer de la révolution française pour en faire une fiction romanesque. Il fallait du souffle pour oser, mais cet écrivain a un sacré talent. Bien sûr, les structuralistes et les grincheux vont trouver que son approche psychologique centrée sur trois personnages (Danton, Desmoulins et Robespierre) est simplette, mais pourquoi bouder son plaisir ? C’est gouleyant, ça glisse tout seul. Et Mantel, pour se dédouaner, ne manque pas de mettre cette affirmation dans la bouche de Robespierre : « On ne serait jamais nés qu’il y aurait tout de même eu une révolution ».
    « Le fils » de Philipp Meyer (poche 2016) : une magnifique fresque romanesque américaine qui, a travers l’histoire d’une famille, raconte celle du Texas. Grande ambition, grand souffle, grande réussite. Un livre qu’on ne lâche pas et qu’on lit bride abattue, dans les grandes prairie où chevauchent les Comanches…
    L’été commence bien.

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© 2013 Corinne Maier

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