Mon cinéma, section documentaire

  1. 01. Mon cinéma, section documentaire

    Le Concours, de Claire Simon. La réalisatrice filme les épreuves d’entrée à la Femis, prestigieuse école de cinéma française. Comme si on y était, on assiste aux oraux, aux délibérations du jury… Par sa manière de montrer sans juger, Simon interroge le rituel du concours, une passion française. Foire aux talents ou machine à reproduire les élites ? En tout cas, ceux qui n’ont plus 20 ans depuis longtemps sont très contents d’avoir vieilli et de ne plus devoir faire figure devant un jury.
    Paroles de King, de Chriss Lag. Les Drag Kings, c’est comme les Drag Queens, mais chez les femmes. Les Drag Kings, ce sont ces femmes qui, le temps d’un spectacle ou d’un atelier, se travestissent en hommes. Lesbiennes, bies ou hétéros, elles adoptent poils au menton et pectoraux, poses et manières viriles. Il s’agit de faire bouger les frontières entre les genres en reprenant à son compte les attributs de la masculinité. Aux Etats-Unis le mouvement compte des dizaines de performeuses ; en France, l’idée commence à émerger. Le film de Lag me donne envie de laisser parler l’homme qui est en moi (un dandy décadent, forcément). Je vais lui apprendre à marcher, serrer la main, danser et dire merde (même si j’y arrive très bien en femme). Alors, vanille ou fraise ?
    La cigale, le corbeau et les poulets, d’Olivier Azam. La police est sur les dents, une mystérieuse Cellule 34 menace de mort le Président de la République. 150 policiers anti-terroristes débarquent dans un village de l’Hérault… Le docu raconte l’histoire vraie d’une mauvaise farce qui tourne au rocambolesque, et dresse le portrait des habitués du café La Cigale, qui ne sont pas n’importe qui. Vous reprendrez bien un petit pastis, pour boire à la douce France et aux libertés ?

    Lire la suite→

  2. 02. Nord (suite)

    Le lecteur attentif le sait déjà (voir le post « Nord »), je serai au Comix Festival d’Uppsala le 1er avril. Uppsala, c’est la ville où Michel Foucault écrivit son Histoire de la Folie, c’est donc un lieu de mémoire intello de premier plan. Il s’y est semble-t-il ennuyé, a trouvé les Suédois distants, le climat glacial et il s’y est fritté avec son directeur de thèse. Il confie (c’est dans « Dits et Ecrits ») : « Dans son calme, la Suède révèle un monde presque parfait où on découvre que l’homme n’est plus nécessaire ». Une investigation humaniste s’impose.
    Pour me préparer au mode de vie suédois, j’ai lu avec grand intérêt « Un homme amoureux« , de Karl Ove Knausgaard. Certes l’auteur est norvégien mais il vit en Suède. Voilà un livre étonnant qui parvient à rendre passionnante la banalité, et son projet est de tout dire. Rien de moins, rien de plus. C’est aussi un livre qui mérite le label « No Kid » : on y apprend comment trimbaler une poussette à Stockholm quand on rêve de lire Dostoïevski, comment s’engueuler avec sa chère et tendre dans un maelstrom de hurlements et de couches (trois enfants…), comment surmonter l’épreuve d’un goûter d’anniversaire chez des bobos coincés à Malmö… Bref, la parentalité au paradis social-démocrate, c’est l’enfer. Il fallait bien le talent d’un Knausgaard pour nous le faire partager, cela et bien d’autres choses encore. Par Thor, par Odin, et ce sera le mot de la fin, comme c’est bon de pouvoir bouquiner sans entrave au soleil !
    (Merci à Astrid de m’avoir permis de découvrir cet écrivain).

    Lire la suite→

  3. 03. En marge du Salon du livre de Paris : réunion des « michalonnés »

    Le milieu du livre s’en souvient, Michalon est cet « éditeur » qui, il y a quelques années, fit faillite en laissant une ardoise de plusieurs millions d’euros – ce qui signifie des dizaines d’auteurs, correcteurs, graphistes, sur le carreau. Ceux-ci ont créé l’association des « michalonnés », récents ou anciens. Non seulement les auteurs sont prolétarisés mais le droit ne peut rien pour les défendre. Tout porte à croire qu’il est même là pour les descendre… A ce sujet, lire d’urgence le Guide pratique de l’éditeur pour mieux pressurer les auteurs, d’Octave Grossous, assurément l’un des nôtres.
    Puisqu’il ne nous reste que le rire, les « michalonnés » se sont réunis comme tous les ans au bistrot La Bourse ou la Vie. Nous étions une quinzaine (nos excuses à ceux qui n’ont pas été prévenus à temps). Nous avons bu à la santé de Michalon, l’éditeur qui, par ses pratiques sulfureuses poursuivies sans relâche depuis vingt ans, est parvenu à donner un mot à la langue française : les « michalonnades ». Bravo pour cette créativité ! Quand on pense à la persévérance qu’il a fallu pour arriver à ce résultat… Qu’attend Académie française pour lui tresser des lauriers ? Le clou de la soirée a été la lecture publique de la fiche who’s who d’Yves Michalon, ancien directeur d’Euro-RSCG qui se prétend « venu du monde associatif »…
    Enfin, nous avons bu aux éditeurs, aux vrais, ceux qui se battent courageusement pour défendre leurs livres. Il y en a beaucoup, heureusement ! Cul sec !

    Lire la suite→

  4. 04. Nord

    Je suis invitée au Comix Festival d’Uppsala, en Suède. J’y serai le 1 et 2 avril, à l’occasion de la parution chez Nobrow du livre « Heroes of the mind, Marx, Freud, Einstein », un recueil de BD dont j’ai signé les scénarios. C’est bien sûr la dessinatrice Anne Simon, toujours belle et inspirée, qui est à la barre.
    Venez me voir à Uppsala, nous boirons dans le crane de nos ennemis. Comme ils sont nombreux, nous boirons beaucoup.
    Que ceux qui ont peur de se trouver entourés d’une foule d’ados boutonneux restent chez eux, tranquilles dans un fauteuil. Ils liront avec profit et plaisir la révélation suédoise de ces dernières années, Le Faux ami, de Henrik b. Nilsson (Grasset, 2010. Paru en poche en 2012). Un premier roman littéralement diabolique : il raconte l’histoire d’un correcteur qui vit « dans l’univers enchanté des livres ». Manipulé et manipulateur, le vieil homme, qui a plus d’un tour dans son sac, nous entraîne dans une retorse intrigue à tiroirs.

    Lire la suite→

  5. 05. Corinne bouquine

    Il fait froid et les nouvelles du monde sont mauvaises. L’élection de Trump nous prouve qu’à la fin c’est la connerie et l’arrogance qui gagnent, une vision de l’Histoire qui n’est pas conforme à ce que nous avons appris à Sciences Po. Nous aurait-on menti ? Je me sens flouée. Pour oublier, je me sers un verre de vin et je me fourre sous la couette avec un bon livre.
    -Jeremias Gamboa, « Tout dire », Seuil, 2016. Un puissant roman d’apprentissage péruvien, tenu par une écriture intense et précise, sur le thème : que faire de sa vie ? Magnifique. Le genre de livre qu’on ouvre sans pouvoir le lâcher.
    -Akhil Sharma, « Notre famille », L’olivier, 2015. L’histoire d’une famille indienne qui émigre en Amérique puis qui affronte une tragédie (un accident grave qui laisse l’un de leurs enfants grabataire et infirme). Le thème, « comment survivre à une famille déchirée », pourrait accoucher d’un mélo pénible, en fait c’est lumineux et tranchant. D’une justesse de sentiment et d’expression totale.

    Lire la suite→

  6. 06. Merci

    Merci à la BBC britannique de me faire figurer dans son classement 2016 des « cents femmes les plus influentes et les plus inspirantes du monde ». Cela me donne du courage pour terminer un roman, intitulé « Blow Job ». De quoi ça parle ? Le lecteur donne sa langue au chat ? Pas si vite, le texte parle de la révolution russe, d’une bourgeoise mal léchée et… Des plaisirs de bouche, of course.
    A présent, j’attends un Prix Nobel en mangeant des truffes au chocolat vautrée sur mon canapé. Le Prix Nobel de Littérature m’irait bien au teint : contrairement à Bob Dylan, je ne parle pas du nez et je ne fais pas des chansons pour les maisons de retraite. En plus, je n’ai pas « d’autres engagements » et je viendrai sans faute à la remise de prix, car mon amie photographe Ewa Rudling habite Stockholm et je ne rate jamais une occasion de picoler. Alors, l’an prochain à Stockholm ?

    Lire la suite→

  7. 07. Nourrir (avec deux « r », car en général on recommence)

    -« Bouffe », Amer, la revue « finissante » des temps décadents numéro 7. Dedans, forcément, il y a à boire et à manger. Au menu, cuisine végétale, recette de cookies, urophilie, pain de nuttolène, cuisine anglaise, frites, ténia, cuisine coréenne, rôti-cochon, tofu, cannibalisme en temps de guerre et bien d’autres choses encore.

    -La Putain de Bière Cévenole, la brasserie qui fabrique des mixtures artisanales qui déchirent. La brasserie PTB fait un putain de bon boulot et prouve qu’il n’y a pas que des châtaignes et des sangliers dans les Cévennes !

    -Et pour nourrir l’esprit : le livre « Les sentiers de l’utopie », par Isabelle Fremeaux et John Jordan, ed. La Découverte. Pendant près d’un an, Isabelle Fremeaux et John Jordan sont partis sur les routes européennes, à la rencontre de celles et ceux qui ont choisi, ici et maintenant, de vivre autrement. Ils ont partagé d’autres manières d’aimer et de manger, de produire et d’échanger, de décider des choses ensemble. Ça donne envie de faire son sac, tout de suite, sans attendre le Père Noël.

    Lire la suite→

  8. 08. Triste Novembre

    -Novembre est lugubre. Déjà il y avait le 11 novembre, maintenant il y a aussi le 13. C’est aussi le mois où JFK a été assassiné, vite une journée mémorielle. Et la mort de De Gaulle, alors, c’est pour les chiens ? Vivement décembre.

    -A voir absolument : « Le fils de Saul », film de Laszlo Nemes. C’est l’histoire d’un membre des Sonderkommando et ça se passe à Auschwitz. Ça pourrait être atroce, c’est exceptionnel car dénué de pathos et porté par une écriture dense, nerveuse, sans concession à la facilité. La preuve qu’on peut tout faire au cinéma quand on a du talent.

    Lire la suite→

  9. 09. On s’informe

    -Le premier mag digital en anglais consacré à la communauté iranienne :
    www.kayhan.london/en/
    Art, culture, lifestyle : passionnant.

    -Le seul mag d’info indépendant qui respecte la parité :
    www.lesnouvellesnews.fr/
    Documenté et réactif, bonne adresse.

    Lire la suite→

  10. 10. Demain

    -A Manifiesta samedi 17 septembre. Manifiesta c’est la fête de l’Huma chez les Belges, à Bredene sur Mer. Rendez-vous Foire aux livres à 18h, j’y serai. Beaucoup d’activités passionnantes, ne traînez pas trop au stand moules-frites.

    -A Flamanville les 1-2 octobre, pour faire barrage à la connerie. Le nucléaire ça pue la mort, ça pollue pour 300 000 ans. En plus je ne vois pas comment les méga-brels d’EDF seraient capables de mener à bien leur projet de nouvel EPR.

    -Au Lénine café de Chalonnes-sur-Loire. C’est un lieu associatif de débats, de spectacles, et ça se passe dans un coin perdu, sous l’œil bienveillant de Vladimir Ilitch Oulianov. L’endroit le plus dingue depuis le café Dolle Mol de Bruxelles, hélas fermé il y a quelques mois.

    -Voir « La Belle saison », le joli film de Catherine Corsini. Pour se faire plaisir, tout simplement.

    Lire la suite→


© 2013 Corinne Maier

Accueil | Contact | Mentions légales