Corinne bouquine

  1. 01. Corinne bouquine

    La plage, il fait trop chaud, alors autant rester couché et lire. Pour l’été, voici deux romans dans lesquels on tombe comme dans un puits :
    « Revolution », de Hilary Mantel (poche 2017) : seule une anglaise pouvait avoir l’audace de s’emparer de la révolution française pour en faire une fiction romanesque. Il fallait du souffle pour oser, mais cet écrivain a un sacré talent. Bien sûr, les structuralistes et les grincheux vont trouver que son approche psychologique centrée sur trois personnages (Danton, Desmoulins et Robespierre) est simplette, mais pourquoi bouder son plaisir ? C’est gouleyant, ça glisse tout seul. Et Mantel, pour se dédouaner, ne manque pas de mettre cette affirmation dans la bouche de Robespierre : « On ne serait jamais nés qu’il y aurait tout de même eu une révolution ».
    « Le fils » de Philipp Meyer (poche 2016) : une magnifique fresque romanesque américaine qui, a travers l’histoire d’une famille, raconte celle du Texas. Grande ambition, grand souffle, grande réussite. Un livre qu’on ne lâche pas et qu’on lit bride abattue, dans les grandes prairie où chevauchent les Comanches…
    L’été commence bien.

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  2. 02. Mes conseils beauté pour l’été

    Moi, pour aborder l’été en beauté, j’opte d’abord pour le collier « Pétasse ». Les filles, revendiquons ce que nous sommes ! J’ai aussi pensé au bracelet électronique spécial prison, vu à Marseille à la cheville d’un beau bad boy. Cela confère une véritable identité, un look inoubliable et une visibilité certaine. L’avantage : avec un tel accessoire, je ne risque pas de me faire embrouiller à la sortie d’une boîte : je suis hyper-dangerous. Autant devancer l’appel, car demain on aura tous un bracelet qui permettra de nous suivre à la trace. La preuve, certains centres hospitaliers en équipent déjà les bébés… Pour l’instant, seulement 11 000 personnes en France en sont équipés, alors c’est maintenant qu’il faut faire partie du club. Dans quelques années ce sera ringard, un peu comme les tatouages, qui donnaient un petit look rebelle il y a vingt ans.
    Voilà, c’est facile de marquer les esprits et son époque. Rendez-vous à la plage !

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  3. 03. Une actu 100% kid

    Ya plus que des gosses dans les actualités, vous avez remarqué ? Ce week-end, par exemple, sur google actualités, c’est un feu d’artifice. On apprend qu’un bébé a été opéré du mauvais côté à Reims (passionnant), et que Beyoncé et Jay-Z sont parents de jumeaux (pour rien au monde je ne voudrais être à leur place ; heureusement ils ont du petit personnel). Dans le Vaucluse, une petite fille de 4 ans passe la nuit seule à la belle étoile (pire qu’un crime contre l’humanité). A la rubrique santé, on nous explique que les enfants de mères obèses courent des risques de malformation. Mais c’est surtout la relance de l’affaire Grégory, 32 ans après, qui tient la France en haleine : enfin la suite de leur fait divers préféré ! A ce sujet, le Journal du Dimanche titre avec emphase : « La rivière du silence au coeur du mystère ». On en frémit, quelles surprises nous réserve la Vologne, forcément la Vologne, cette rivière maudite ? C’est sûr qu’avec une actu aussi riche, les élections, le Proche-Orient, font pâle figure. Heureusement, L’Obs remonte le niveau avec un article en prise sur les problématiques internationales : « Myriam, une enfant dans la guerre à Alep ».
    Tout ça donne envie d’un endroit kid-free. Si je quittais l’ordinateur, tout simplement ?

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  4. 04. Capri Sun, le Ciel n’en veut pas (et nous non plus)

    Le Capri Sun, vous voyez ce que c’est ? Vous devez savoir de quoi je parle, en France, c’est distribué par Coco-Cola et les ventes ont été multiplié par 10 depuis 2007. Oui, vous y êtes, c’est les gourdes moches de jus dégueu, ça ressemble à un jouet et c’est pour les enfants. Enfin, les enfants, les enfants des pauvres, parce que les enfants des riches ils ne boivent pas ça, c’est trop sucré, ça rend les enfants obèses. Le problème aussi, c’est qu’on ne sait pas trop ce qu’il y a dedans ; il y a plein-plein de sucre, de la gélatine de porc (avis aux Musulmans et aux Juifs) et certains auraient trouvé du moisi à l’intérieur. C’est sûrement exprès que les gourdes sont en plastique et en alu opaque. Une composition conçue par des marketeurs finauds, comme ça personne ne voit que ça ressemble à de la pisse. Et c’est malheureusement ce qui les rend quasi-impossible à recycler. Rien qu’en Amérique, ils en jettent 1,4 milliards tous les ans. Je reviens de Marseille, je peux vous dire que des gourdes Capri Sun vides, il y en a partout, sur terre et dans la mer. Il n’y a que dans le ciel qu’il n’y en a pas. Pourquoi ? Ben oui, quoi, Saint-Pierre et sa clique de Cathos, là-haut, ils en boivent pas, eux, du Capri Sun ? C’est que pour nous, les gourdasses avec leur contenu bien pourri ? Ce qui est cool, c’est qu’après la mort on en sera enfin débarrassés. Franchement, au moins pour ça, j’ai hâte.

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  5. 05. Nouveaux mots

    Grâce à Emmanuel Macron, j’ai glané un mot nouveau, kwassa-kwassa. C’est valide au scrabble ? Alors à mon tour de jouer, avec zarma, exclamation argotique qui veut dire « purée », « la vache ». C’est aussi un magazine gratuit dans la droite ligne d’Hara-kiri, à télécharger pour le plaisir. Le test « votre fils est-il de droite ? » constitue une véritable initiative citoyenne pour savoir à quoi s’en tenir.

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  6. 06. Macron croque

    C’est la première fois que la France élit un Président qui zozotte. Pour soigner sa diction, répéter après moi : Emmanuel Macron croque la France comme un macaron mou. Savourer l’allitération.
    On peut faire mieux, bien mieux. Pas de doute, Bernard Heidsieck, « poète sonore », aurait fait mieux. Un film récent de Anne-Laure Chamboissier et Philippe Franck lui est consacré, « Bernard Heidsieck et la poésie en action« . Celui qui ne l’a pas vu est encore un puceau de la langue. Noter que le mythique « Autour de Vaduz », du même Heidsieck, figure sur youtube : proprement inouï.

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  7. 07. Mon cinéma, section documentaire

    Le Concours, de Claire Simon. La réalisatrice filme les épreuves d’entrée à la Femis, prestigieuse école de cinéma française. Comme si on y était, on assiste aux oraux, aux délibérations du jury… Par sa manière de montrer sans juger, Simon interroge le rituel du concours, une passion française. Foire aux talents ou machine à reproduire les élites ? En tout cas, ceux qui n’ont plus 20 ans depuis longtemps sont très contents d’avoir vieilli et de ne plus devoir faire figure devant un jury.
    Paroles de King, de Chriss Lag. Les Drag Kings, c’est comme les Drag Queens, mais chez les femmes. Les Drag Kings, ce sont ces femmes qui, le temps d’un spectacle ou d’un atelier, se travestissent en hommes. Lesbiennes, bies ou hétéros, elles adoptent poils au menton et pectoraux, poses et manières viriles. Il s’agit de faire bouger les frontières entre les genres en reprenant à son compte les attributs de la masculinité. Aux Etats-Unis le mouvement compte des dizaines de performeuses ; en France, l’idée commence à émerger. Le film de Lag me donne envie de laisser parler l’homme qui est en moi (un dandy décadent, forcément). Je vais lui apprendre à marcher, serrer la main, danser et dire merde (même si j’y arrive très bien en femme). Alors, vanille ou fraise ?
    La cigale, le corbeau et les poulets, d’Olivier Azam. La police est sur les dents, une mystérieuse Cellule 34 menace de mort le Président de la République. 150 policiers anti-terroristes débarquent dans un village de l’Hérault… Le docu raconte l’histoire vraie d’une mauvaise farce qui tourne au rocambolesque, et dresse le portrait des habitués du café La Cigale, qui ne sont pas n’importe qui. Vous reprendrez bien un petit pastis, pour boire à la douce France et aux libertés ?

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  8. 08. Nord (suite)

    Le lecteur attentif le sait déjà (voir le post « Nord »), je serai au Comix Festival d’Uppsala le 1er avril. Uppsala, c’est la ville où Michel Foucault écrivit son Histoire de la Folie, c’est donc un lieu de mémoire intello de premier plan. Il s’y est semble-t-il ennuyé, a trouvé les Suédois distants, le climat glacial et il s’y est fritté avec son directeur de thèse. Il confie (c’est dans « Dits et Ecrits ») : « Dans son calme, la Suède révèle un monde presque parfait où on découvre que l’homme n’est plus nécessaire ». Une investigation humaniste s’impose.
    Pour me préparer au mode de vie suédois, j’ai lu avec grand intérêt « Un homme amoureux« , de Karl Ove Knausgaard. Certes l’auteur est norvégien mais il vit en Suède. Voilà un livre étonnant qui parvient à rendre passionnante la banalité, et son projet est de tout dire. Rien de moins, rien de plus. C’est aussi un livre qui mérite le label « No Kid » : on y apprend comment trimbaler une poussette à Stockholm quand on rêve de lire Dostoïevski, comment s’engueuler avec sa chère et tendre dans un maelstrom de hurlements et de couches (trois enfants…), comment surmonter l’épreuve d’un goûter d’anniversaire chez des bobos coincés à Malmö… Bref, la parentalité au paradis social-démocrate, c’est l’enfer. Il fallait bien le talent d’un Knausgaard pour nous le faire partager, cela et bien d’autres choses encore. Par Thor, par Odin, et ce sera le mot de la fin, comme c’est bon de pouvoir bouquiner sans entrave au soleil !
    (Merci à Astrid de m’avoir permis de découvrir cet écrivain).

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  9. 09. En marge du Salon du livre de Paris : réunion des « michalonnés »

    Le milieu du livre s’en souvient, Michalon est cet « éditeur » qui, il y a quelques années, fit faillite en laissant une ardoise de plusieurs millions d’euros – ce qui signifie des dizaines d’auteurs, correcteurs, graphistes, sur le carreau. Ceux-ci ont créé l’association des « michalonnés », récents ou anciens. Non seulement les auteurs sont prolétarisés mais le droit ne peut rien pour les défendre. Tout porte à croire qu’il est même là pour les descendre… A ce sujet, lire d’urgence le Guide pratique de l’éditeur pour mieux pressurer les auteurs, d’Octave Grossous, assurément l’un des nôtres.
    Puisqu’il ne nous reste que le rire, les « michalonnés » se sont réunis comme tous les ans au bistrot La Bourse ou la Vie. Nous étions une quinzaine (nos excuses à ceux qui n’ont pas été prévenus à temps). Nous avons bu à la santé de Michalon, l’éditeur qui, par ses pratiques sulfureuses poursuivies sans relâche depuis vingt ans, est parvenu à donner un mot à la langue française : les « michalonnades ». Bravo pour cette créativité ! Quand on pense à la persévérance qu’il a fallu pour arriver à ce résultat… Qu’attend Académie française pour lui tresser des lauriers ? Le clou de la soirée a été la lecture publique de la fiche who’s who d’Yves Michalon, ancien directeur d’Euro-RSCG qui se prétend « venu du monde associatif »…
    Enfin, nous avons bu aux éditeurs, aux vrais, ceux qui se battent courageusement pour défendre leurs livres. Il y en a beaucoup, heureusement ! Cul sec !

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  10. 10. Nord

    Je suis invitée au Comix Festival d’Uppsala, en Suède. J’y serai le 1 et 2 avril, à l’occasion de la parution chez Nobrow du livre « Heroes of the mind, Marx, Freud, Einstein », un recueil de BD dont j’ai signé les scénarios. C’est bien sûr la dessinatrice Anne Simon, toujours belle et inspirée, qui est à la barre.
    Venez me voir à Uppsala, nous boirons dans le crane de nos ennemis. Comme ils sont nombreux, nous boirons beaucoup.
    Que ceux qui ont peur de se trouver entourés d’une foule d’ados boutonneux restent chez eux, tranquilles dans un fauteuil. Ils liront avec profit et plaisir la révélation suédoise de ces dernières années, Le Faux ami, de Henrik b. Nilsson (Grasset, 2010. Paru en poche en 2012). Un premier roman littéralement diabolique : il raconte l’histoire d’un correcteur qui vit « dans l’univers enchanté des livres ». Manipulé et manipulateur, le vieil homme, qui a plus d’un tour dans son sac, nous entraîne dans une retorse intrigue à tiroirs.

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